De tous temps les Kurdes, habitants de la Haute-Mésopotamie et descendants des anciens Mèdes, ont été victimes d’envahisseurs divers et repoussés dans les montagnes situées à l’Est de l’Anatolie. De tous temps, ils se sont révoltés et battus contre l’occupant pour jouir d’une certaine autonomie et pouvoir vivre leur culture et parler leur langue.
Mais en 1923, contrairement aux promesses faîtes par le traité de Sèvres en 1920, le traité de Lausanne consacrait la partition du Kurdistan en quatre parties (Turquie, Iran, Irak et Syrie). Les alliés de l’époque, Britanniques et Français, se rangent ainsi du côté de Mustapha Kemal, nouvel homme fort de la Turquie.
Il est à signaler que, par ce traité, la Grande-Bretagne obtient le mandat sur l’Irak arabe et la région kurde de Massoul, où le pétrole avait été découvert en 1879….
Depuis lors, les Kurdes ont systématiquement été opprimés par les 4 états nés du traité de Lausanne et ils ont été sans discontinuité soumis à des tentatives d’assimilations forcées.
Mais, c’est en Turquie que le problème est le plus grave, et cela pour plusieurs raisons :
-le plus grand nombre de Kurdes s’y trouve : environ 10 millions sur un total de 30.
-c’est en Turquie que Kemal Ataturk et ses successeurs, sur la base d’une organisation hyper centralisée de l’état turc, ont poussé le plus loin la pratique d’assimilation des Kurdes, désignés sous le nom de « Turcs des montagnes », dans le but de faire disparaître totalement la culture kurde. Actuellement, cela est illustré par la construction de barrages en Anatolie du Sud-Est, qui a terme, fera disparaître d’importants monuments historiques.
De nombreuses révoltes kurdes ont, depuis le départ, émaillé l’histoire du jeune état turc. Elles ont systématiquement été réprimées dans le sang. Mais, pire, après les coups d’état des militaires de 1970 et surtout de 1980, de très nombreux démocrates et intellectuels kurdes (4500) ont été assassinés. C’est la raison pour laquelle le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), crée en 1978, s’est lancé dans la guérilla en 1984.
En vue d’anéantir cette résistance, le gouvernement turc a soumis les régions kurdes à un état d’urgence avec des lois extrêmement répressives et, sur le plan militaire, a opéré une politique systématique de terre brûlée : 3000 villages ont ainsi été brûlés et rasés de la carte, leurs habitants étant parfois massacrés. Des millions de rescapés ont été, à cause de cela, poussés à la déportation dans les grandes villes du Kurdistan (notamment Dyarbakir) ou les grandes métropoles turques. Mais cette politique n’a pas réussi. Cela prouve bien que le problème kurde doit être réglé par la discussion et la voie diplomatique. La répression militaire ne peut faire taire un peuple qui demande seulement la reconnaissance de son identité.
La politique répressive de l’état turc à l’égard de sa minorité kurde présente bien d’autres aspects : ainsi le parti kurde légal, le DEP, est systématiquement interdit, ce qui le contraint à changer tous les ans de sigle : HADEP, DEHAP, et maintenant DTP. Cela est indigne d’une démocratie.
Et par ailleurs, l’état turc organise un sous-développement constant de ses provinces kurdes : aucun investissement industriel, des finances insuffisantes attribuées aux collectivités locales et aux services publiques (éducation, santé, etc.), une extraction des ressources naturelles (pétrole, eau, minerais..) dont les bénéfices ne sont pas redistribués aux populations locales, le tourisme quasiment rendu impossible depuis 1980. Ce sous-développement engendre un chômage très important et donc la misère d’une grande majorité des habitants de ces provinces.
En février 1999, le leader du PKK, Abdulah Oçalan était enlevé par les services secrets américains et israéliens à Nairobi, au Kenya, et aussitôt remis aux autorités turques.
Les autorités de l’Union Européennes ont laissé faire et étaient très vraisemblablement complices.
Les autorités turques s’empressèrent alors de faire un procès à Abdulah Oçalan, qui fut condamné à mort. Ce procès n’a pas été correctement mené. Abdulah Oçalan était ensuite emprisonné seul sur l’Ile d’Imrali, dans des conditions d’emprisonnement tout à fait contraires au droit international. En juillet 2002, sa condamnation à mort fut transformée en emprisonnement à vie, la Turquie menant alors des négociations pour entrer dans l’Union Européenne et devant, pour cela, donner des garanties quant au respect des Droits de l’Homme.
Mais, depuis mars 2007, nous apprenons qu’Abdulah Oçalan est victime d’empoisonnement par les autorités turques !
Cela a été publiquement dénoncé par les avocats d’Oçalan à Rome le 1er mars 2007, se basant pour cela sur des analyses toxicologiques faites par un laboratoire de renommée mondiale.
Comme les institutions européennes, alertées, ne réagissaient pas, les Kurdes ont décidé l’organisation d’une grève de la faim à Strasbourg. Cette grève de la faim a été suivie du 11 avril au 19 mai 2007 (soit 39 jours d’affilée !) par 55 Kurdes, 18 d’entre eux étant en grève de la faim totale.
Une manifestation géante de 30 000 personnes a appuyé cette action le samedi 12 mai à Strasbourg ; 103 000 pétitions ont été recueillies par le groupe GUE-GND du Parlement Européen pour soutenir cette action. De notre côté, nous avons rassemblé un comité de soutien de 7 associations et j’ai pu intervenir publiquement le 12 mai 2007.
L’action a payé : en effet, à l’issue de la grève de la faim, une délégation du Comité de Prévention de la Torture (CPT) du Conseil de l’Europe s’est rendue à Imrali et a rencontré M Abdulah Oçalan.
Pour sa part, l’association « les Amis du peuple kurde », soutenue par le Comité du Bas-Rhin du Mouvement de la Paix et son Président, Roger Strelbicki, poursuivra son action de soutien à la cause kurde et pour une reconnaissance de l’identité culturelle de ce peuple opprimé par la Turquie, la Syrie et l’Iran.
Bernard Revollon
Président des amis du peuple kurde
PS : Soutenir les Kurdes ne plait pas à tout le monde, puisque cela nous a valu l’envoi d’une lettre anonyme et raciste, agrémentée de la menace de nous faire brûler au four crématoire du Struthof !
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18 mai 2008
28 avr. 2008
La question kurde reste toujours à solutionner
Depuis le 7 janvier ( 2008), des manifestants kurdes se relaient journellement devant le Conseil de l’Europe en soutien à leur leader Abdullah Oçalan. Le but de leur action de protestation intitulé « Enough is enough ( Assez, ça suffit ) » est d’obtenir du comité de prévention de la torture ( CRT ) du Conseil de l’Europe la communication du bilan de santé d’ Oçalan, suite à la visite que ce même CRT à rendue à Oçalan les 20 et 21 mai 1997, sur l’ile d’Imrali , où M. Oçalan est emprisonné dans l’isolement le plus complet. Par ailleurs le 16 février 2008, s’est déroulé une immense manifestation européenne des Kurdes à Strasbourg (manifestation, non pèlerinage), la 9ème depuis la mi-février 2000, pour exiger indissociablement la libération d’Abdullah Oçalan et surtout la reconnaissance véritable (et non pas fictive ) de l’identité culturelle kurde par l’état turc, et aussi par les états iraniens et syriens.
Le Kurdistan, qui recouvre la Haute Mésopotamie ( un des berceaux culturels de l’humanité ) a été coupé en 4 par décision du traité de Lausanne en 1923, de par la volonté des puissances occidentales alliées ( France et Grande Bretagne notamment ), qui auraient vaincue l’Allemagne et ses alliés ( dont l’Empire Ottoman). On avait promis aux Kurdes l’autonomie lors du traité de Sèvres au 1920. On la leur retirera en 1923, en accord avec le nouveau gouvernement de Turquie, dont Mustafa Kemal (prénommé ultérieurement Kemal Atatürk) était le nouvel homme fort. L’Empire Ottoman fut démembré et le Kurdistan fut divisé entre 4 états : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, aucun de ces états ne veulent accorder aux Kurdes un peu d’autonomie, ni, surtout la reconnaissance de leur identité culturelle. Des révoltes kurdes eurent lieu, mais toutes furent réprimées dans le sang. C’est en Turquie que vivent la majeure partie des Kurdes (25 sur 40 millions au total).
La résolution de la question kurde serait d’accorder aux Kurdes de Turquie une certaine autonomie au sein d’un état fédéral démocratique et la reconnaissance de leur identité culturelle avec, notamment, la possibilité de parler leur langue sans répression coercitive. Cela devrait passer aussi par des mesures d’aide économique pour un développement durable favorable à la population.
Mais, depuis un an, l’armée turque, qui a toujours d’énormes pouvoirs, ne cesse d’attaquer les base de la guérilla kurde dans les montagnes et a également procédé à des bombardements en Irak, causant la mort d’innocentes victimes civiles. Il est regrettable que l’actuel gouvernement turc de Recep Tayip Erdogan, plus préoccupé de réintroduire le port du voile dans les universités turques, lui emboîte le pas et que, par ailleurs, des députés du DTP pro-kurde régulièrement élus, soient arrêtés. Face à de tels agissements l’Europe se tait. Il est vrai que la France et l’Allemagne vendent fort cher des armes lourdes ( tanks et hélicoptères ) à la Turquie et que ces armes lourdes sont utilisées prioritairement au Kurdistan dans des action armées contre la guérilla, actions armées qui ont généré la destruction de 3000 villages et l’exode de 3 millions de Kurdes au fil des années de guerre. Comme le disait déjà l’Empereur romain Vespasien « l’argent n’a pas d’odeur ».
Par ailleurs, la Turquie est membre de l’OTAN et est, à ce titre, protégée des Etats-Unis, qui y ont implanté une énorme base militaire à Incirlik, dans l’est du pays. Les Américains ont communiqué des observations satellites à l’armée turque pour lui permettre de mieux cibler ses bombardements.
Face à tous ces agissements contraires à l’intérêt des peuples et contraires à la démocratie et au respect des droits de l’homme, il serait enfin temps que les démocrates et les progressistes européens se réveillent et exigent de leurs états nationaux et de l’Union Européenne qu’ils fassent pression sur le gouvernement turc pour une solution démocratique et pacifique.
Dans ce cadre, il est nécessaire que le leader incontesté des Kurdes de Turquie : Abdullah Oçalan soit libéré et, dans un premier temps, rapatrié et jugé en Europe.
Dernière remarque : on voit écrit, à droite ou à gauche, que le PKK est terroriste. Ce parti ne fait en réalité que résister à un terrorisme d’état qui, depuis 1923, n’a cessé de massacrer impunément des dizaines de milliers de Kurdes. N’oublions pas qu’en France s’est levée en 1940 une résistance contre l’occupant nazi, résistance qui était également traitée de terroriste par les nazis mais aussi, hélas, par le gouvernement de collaboration du Maréchal Pétain.
L’histoire a prouvé qui avait raison.
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